Poèmes

Derrière les paupières – Tarmac, deux poèmes de Bastien Godard

DERRIÈRE LES PAUPIÈRES

À la lumière, entre les arbres
Tout s’éclaire des jeux de jupes
Et celles sur leurs malhabiles grues
Se parent de la ronde d’êtres vus

Je préfère celles qui filent sans s’étourdir
Qui ne se vouent en secret qu’aux yeux
De quelques amours souffreteux
Qu’elles s’en vont rejoindre par leurs

Paupières-mondes.

À côté,
Tout est à côté.

Par la gymnastique étirée
Des gestes sans suite
Ou les contorsions exagérées de l’utile
Qui se pense utile

Fouille dans sac cherche briquet soudain se rappelle au carnet soudain l’heure alors le portable les messages les appels les chiens et la promenade et les ventres-gargouilles effrayant les rayons du coucher de rentrer à manger de dormir à laver : la surprise des post-it du monde qui se forcent au théâtre devoir faire ; les gestes grotesques qui en émanent.

Un caïd
Son sac gonflé de bière comme son ventre
Un œil mauvais pour le reste ;
Il dessine sur son carnet des fleurs délicates ;
Il faut alors voir son regard.

À côté :
Pourquoi l’harassement balance
Les rides de ceux qui courent pour ne pas mourir
Alors que les vieux aux regards fous
Dans leurs costumes trop grands de morts,
Eux, touchent l’écorce des troncs
Avec leurs mains de serpes.
Des rires idiots dans des bouches habillées
Balayent l’allée.

Quelque part tu attends dans une chambre trop silencieuse
Je ne suis pas là.

Le dessin
N’était pas de fleurs :

Un homme maigre portant ses mains en coupe
À genoux
Une femme reine aux seins nus
Le regard vers ailleurs
Déposant en sa coupe
Un rien de non-fini.

( Je l’ai vu car un bourdon
D’airain, énorme,
A fait bondir sur ses pieds le costaud,
Se glissant à son effroi dans son col )

Alors, d’un bond aussi,
J’ai pris les bateaux-mouches vers le nord
Remontant par tes hanches
Le chemin pour te rejoindre
Derrière nos paupières qui s’attendent
Sans distance

 

TARMAC

Tarmac, tes lèvres

Aubépine et perle rouge

Fourrés dans les plaines

où les mousses glissent

à pas de cumulus

Tarmac, le sol aux herbes folles

éparses éperdues

dansantes car

Gonde le sol

se terrent les palpitants petits

aux veines courtes et sanguines

Gronde le sol,

Tarmac,

Tes lèvres chair

Piquent et dévorent les terres

Jusqu’à la dernière motte

Tarmac, t’élève

et vibre

Et ne laisse plus que le ciel

Pour y poser nos lèvres

À nos orages,

Tarmac

Que jamais l’on en revienne.

Bastien Godard

Retrouvez ici la biographie de cet auteur.

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